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Edito : S'inspirer de la Silifornie pour un monde meilleur ?

publié le 25 mai 2016 à 11:19 par Alexandre Landeau

Le privilège de préparer et accompagner une promotion d'étudiants en learning expédition en Californie, c'est de regarder ce qu'ils regardent, de regarder comment ils regardent, de les regarder regarder.

Dans la Silicon Valley, les grandes tendances sont assez visibles :

- le retour des corporations dans la ville de San Francisco en lieu et place de la baie, du millionnaire Peter Thiel à Criteo en passant par Twitter,
- le ralentissement des investissements inconsidérés sur la base d'un simple executive summary (même s'il continue d'être possible de lever des centaines de milliers de dollars en quelques semaines),

- la structuration des étapes de financement et d'accompagnement des start-up, des incubateurs aux accélérateurs pour toutes les tailles d’entreprises, comme nous l'expliquent les dirigeants d'Orange Silicon Valley
- l'excellence comme mantra, posture unanimement partagée,

- le tout sur fond d'histoires d'amours et désamours d'associés millionarisés.

La génération Steve Jobs laisse la place à celle d'Elon Musk, la planète n'est plus le territoire de référence, les nouveaux eldorados sont désormais le cloud (jetez un œil aux annonces de Samsung dont notre hôte Français Luc Julia pilote l'innovation en Californie) et l'espace, comme en témoignent Made in Space et ses imprimantes 3D pour les stations spatiales ainsi que les dizaines de jeunes pousses actives sur l'ancien terrain réservé des seuls États.

Dans un mouvement d'expansion décomplexé, la Vallée investi tous les sujets de société. La technologie n'est pas un accomplissement, le Silicon n'est plus qu'un ingrédient d'une recette destinée à transformer l'existant : territoire, automobile (remarquable crowdsourcing réussi pour le prochain modèle Tesla, Google cars qui se promènent dans la vallée) santé, alimentation, éducation (quand des profs de Stanford créent Coursera), tous les grands thèmes sont investis.

Pendant ce temps, Los Angeles, plus latine et lascive, cultive de petites pousses technologiques. Sans crier gare, la ville géante ouvre sur son vaste territoire une Silicon Beach destinée aux grandes marques de l'Internet (Google, Facebook y sont bien arrivées et sy étendent progressivement) comme aux jeunes entrepreneurs (dont les entreprises françaises qu'accueille désormais l'équipe de Laurent Ruben et son French Accelerator) qui viennent goûter aux charmes d'un rythme et d'un climat plus doux et pour une partie d'entre eux, rapprocher les contenus et la technologie. Et quand la technologie et les contenus convergent, Netflix s'installe pour produire directement séries et films à Los Angeles.

Dans cette partie du monde, le discours des entrepreneurs est bien rodé : améliorer le monde. Beaucoup plus crédible, l'envie de réussir est partout, de Berkeley à Venice Beach, dévorante et chevillée aux tripes de ces passionnés que les échecs revigorent et que les succès inspirent.
On a bien envie d'y croire car se dégagent de nos rencontres quelques valeurs, pas toujours nommées et pourtant partagées. Et c'est peut-être là que se trouvent les graines pour faire pousser un autre monde.

L'observation attentive des signaux met en lumière ce mélange particulier de spécificités de la culture américaine et de la culture digitale. Des postures et des valeurs à disséminer au plus vite, que les Millénials , et c'est un excellent signe, semblent partager au-delà des frontières:

- d'abord que l'échec possède des vertus formidables qui peuvent en faire un atout, qu'il permet de faire l'expérience de la résilience, qu'on a le droit de se tromper, et même celui de ne pas être parfait,

- que s'attarder, regarder de côté, poser un regard curieux sur des terrains étrangers (tels la physiologie du chat, mes compagnons de voyage comprendront) peut nous amener sur le bon chemin, qu'on peut parier sur la sérendipité et que c'est une voie pour sortir des impasses

- que les frontières se sont floutées et les modèles renversés, les champions apparaissent sur des territoires qu'ils disruptent sans en être (Uber ne possède pas un seul taxi, Airbnb aucune chambre...) les projets doivent être pensés globaux pour prendre le monde pour échelle au risque de donner naissance à des poneycorns, versions doudou miniatures des licornes (tribute to Carlos Diaz)

- et enfin, et c'est la un sacré atout pour sortir des silos et du communautarisme, que faire ensemble et valoriser la différence pourrait bien être la clé des vraies innovations.
Dans les institutions académiques, l'étincelle de la transdisciplinarité scintille de plus en plus. À San Francisco, comme à Los Angeles, terre des studios de cinéma et des labels de musique qui accueillent désormais la technologie comme un allié, nous avons vu et entendu l'interdisciplinarité s'incarner dans des équipes mixtes, des compétences qui se partagent, des différences qui s'apprécient par leur mélange. Demandez aux entrepreneurs comme aux historiques, la mixité, la collaboration, l'échange sont devenus des règles de conduite essentielles pour piloter les organisations.

Peut-être bien que ces valeurs pourraient faire un meilleur monde.
Il y a pourtant au moins un mais, que San Francisco ne semble pas avoir mis dans ses priorités, c'est d'embarquer tout le monde et de s'occuper de ceux qui n'auront pas les talents et la chance poursuivre le rythme. Dans les rues de la ville effervescente vit, ou plutôt survit, une fourmilière peuplée de sans-abris à demi ou tout à fait fous, intensément désaxés, effrayants ou déchirants, dans un mélange permanent avec une population active trop occupée pour les regarder.
Réussir vraiment et changer le monde, ne serait-ce pas de mettre toute cette intelligence, ces énergies tenaces, cette ingéniosité, au service de tous et des plus fragiles ?
Moi c'est la générosité et la brillance de ces jeunes étudiants que j'ai la chance d'accompagner un bout de chemin, brillants dans leurs fulgurances, brillants dans leurs envies et par-dessus tout brillants dans leurs regards, qui me laisse croire à un monde meilleur pour demain. 

Judith Andrès

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